Les aventures d’Izon la cigogne

Mais qui est donc Izon ?

– Prologue –

Cette histoire, bien réelle, a commencé au printemps 2024.
Je choisis de ne la publier qu’aujourd’hui, en ce début d’été 2026, pour un petit pied de nez à notre société qui nous incite à aller toujours plus vite, à montrer ce que l’on voit, ce que l’on fait au moment précis où cela se passe….

Moi, j’aime prendre mon temps…
Raconter une histoire, même réelle, n’a pas besoin de rentrer dans un timing précis.
Je l’ai écrite, petit à petit, au fil des jours.
Je choisis de la publier aujourd’hui car elle semble terminée.

– Les aventures d’Izon –

Mais qui es-tu, bel oiseau, jolie cigogne, qui choisit de t’installer si près de chez nous ?

Sérieux, tu veux faire ton nid ici ??? Sur ce poteau de réverbère ?
Ah, j’y suis, tu veux sans doute l’éclairage gratuit sur ta terrasse…

Nous t’avons vu perché ici un jeudi matin, le 25 avril 2024 pour être précis. Mais sans doute avais-tu déjà commencé le travail avant qu’on le découvre.

Ce poteau avait été naturellement envahi de végétation, le lierre s’y plaisait bien. Puis le lierre a été coupé à la base, mais rien n’a été retiré, tout a séché sur place, laissant des petites branches sèches formant comme des épines sur ce poteau. A différents niveaux du poteau, il y a des fils accrochés, c’est l’alimentation en électricité et téléphonie pour notre maison et celles des voisins. Et tout en haut, il y a ce bloc donnant l’éclairage nocturne. C’est assez plat sur le dessus. Et en soirée, c’est lumineux vers le bas (je crois que ça reste allumé jusqu’à 23h).

Isabelle est à la maison pour quelques jours. Elle sait que nous aimons donner des noms aux animaux que l’on voit régulièrement : « Roberto » pour le rouge-gorge, « le p’tit black » pour le merle, « Maurice » pour le geai car on trouve qu’il exagère quand il choisit de venir picorer l’épi de maïs que l’on accroche pour les mésanges (Maurice, tu pousses le bouchon un peu trop loin !). Il y a aussi « Zami » pour l’écureuil, « mon gros poulet » pour le faisan, « la pétasse » pour la taupe qui nous fait plein de buttes partout dans le jardin, etc…

Le 2ème jour de la découverte de cette cigogne, Isabelle me demande si nous lui avons déjà trouvé un nom. Heu non, pas encore. «Dans ce cas, je te suggère de la nommer « Iza », puisqu’elle s’installe près de chez toi en même temps que moi et surtout qu’elle a de grandes pattes fines ». Isabelle est grande et a de grandes jambes, fines et longues…
Et là, direct, je dis OUI, c’est une très bonne idée. Voici donc Iza.

N’y connaissant pas grand-chose en matière de cigognes, nous décidons de faire quelques recherches sur son mode de fonctionnement, nous nous lançons dans la documentation.
Première découverte : c’est le mâle qui construit le nid. Ok, donc le « Iza » s’est tout naturellement transformé en « Izon ».

Izon, le nouvel habitant de notre coin de campagne…

Il a choisi ce poteau de réverbère pour s’installer. Je le vois debout sur la lampe, en train de s’affairer à entortiller des branches les unes avec les autres. Puis il avance, met une patte sur les branches qu’il vient d’installer, lève l’autre patte et prend une drôle de position avec son buste, son cou, sa tête. Il se met comme se mettait mon chien lorsqu’il s’apprêtait à régurgiter… 
Je me demande à ce moment-là, si cet oiseau n’est pas malade tellement je trouve sa posture étrange.

Au fil des jours, non, il n’a pas l’air malade du tout. Juste un peu sale peut-être : ses plumes blanches ne sont pas très blanches… Soit il a trainé un peu trop dans le marais à côté en quête de grenouilles pour son déjeuner, il serait donc un peu couvert de boue (c’est très très mouillé encore par chez nous).

Soit, j’imagine, c’est un jeune. En effet, il ne me parait pas très gros pour une cigogne adulte. Et peut-être va-t-il renouveler ses plumes en continuant sa croissance ?…

Et si, j’imagine toujours, il régurgitait quelque chose pour faire office de ciment pour construire son nid ?

Il s’est passé 4 ou 5 jours où on avait l’impression qu’il ne bossait pas vraiment. Il venait dans son nid plutôt en fin de journée, mais c’est tout.

Izon sur sa terrasse

Hier, par contre, il a repris le boulot à fond : toute la journée je l’ai vu passé avec des branches dans le bec, prendre le temps de déposer sa branche au bon endroit, la coincer solidement avec les autres déjà en place. Il a été vraiment très actif. Et en fin de journée, on l’a vu passer avec un gros paquet de mousse dans le bec. Et, apparemment il a dormi ici : on a vu sa tête sortir du nid quand on a ouvert nos volets ce matin. Le gros paquet de mousse, c’était pour son oreiller… Il aime le confort …

Ma conclusion, toujours fruit de mon imagination : il attendait que les fondations soient bien sèches pour commencer à monter les murs… Pour une maison, les fondations en béton, c’est 21 jours de séchage recommandé, mais pour la colle de cigogne, peut-être que 5 jours suffisent…

(Lors de la tempête de fin 1999, beaucoup d’arbres sont tombés ici, mais tous les nids de cigognes ont résisté. Sur la route de Marennes, sur chaque pilonne électrique ou presque, il y a un nid de cigognes. C’est donc une construction vraiment solide !

Non, on ne passe pas notre temps à la surveiller, mais ça fait tellement plaisir de voir ce genre d’animation dans notre campagne…
Quand je rentre de promenade, naturellement je lève la tête pour voir si elle est là. Le soir, quand je ferme mes volets, je jette un œil, et pareil le matin au moment d’ouvrir les volets.
Et quand elle passe devant la fenêtre, c’est un gros oiseau quand même ! on ne peut pas la louper !

Vendredi matin : je le regarde par la fenêtre. Visiblement, c’est l’heure de la toilette…
Il a tellement travaillé ces deux derniers jours qu’il a dû avoir chaud, transpirer des aisselles car je le vois se nettoyer les dessous de bras 😉

Connais-tu le chant de la cigogne ?
Non, c’est normal, elle ne chante pas vraiment.
Mais, elle s’exprime de manière bien sonore, en claquant du bec.
L’autre jour, je me promenais dans ma campagne et j’entends un drôle de bruit, semblant venir de derrière moi. Je me retourne, cherche, je ne vois rien jusqu’à ce que j’aie l’idée de lever la tête. Il y avait 2 cigognes en plein vol, qui claquaient du bec. Peut-être était-ce une parade amoureuse ???

On a vu régulièrement Izon jusqu’à mi-juillet environ.
Chaque soir, on constatait qu’il était de retour dans son nid.
Silencieusement, je lui souhaitais une bonne nuit lorsque je fermais mes volets…

Et puis, plus rien.
Envolé, le bel oiseau, disparu…

Jusqu’à ce mardi matin, le 4 mars 2025, où, dans la matinée, on l’a vu revenir vers son nid.
Quelle magnifique journée, porteuse de ce retour espéré !

Il y a eu plusieurs tempêtes durant l’hiver, le nid a été quelque peu bousculé par les vents.
Du coup, notre bel Izon a du travail. Et il s’y met tout de suite.
Les aller-retours avec de belles branches dans le bec occupent bien ses journées.

 Il semble plus fort que l’an passé, plus grand, ce qui me conforte dans mon impression que c’était un jeune lorsque nous avons fait connaissance…
Mais visiblement, il a une patte abimée : En vol, sa patte gauche pendouille un peu. Quand on le voit au sol, dans le marais voisin, il boîte légèrement. Sa patte gauche n’est pas en très bon état, mais elle nous permet de l’identifier : Quand on voit une cigogne dans le champ voisin, si elle boîte, on sait que c’est Izon.
Et en vol, si la patte gauche pendouille, c’est Izon. 
Ça me plait bien de pouvoir ainsi le reconnaître.

Puis, un beau jour, on voit arriver une deuxième cigogne, une jolie fille on dirait…

Pendant quelques jours, les deux cigognes vont et viennent, et de temps en temps on a la joie de les voir ensemble dans le nid, confirmant ainsi notre hypothèse qu’Izon s’est trouvé une blonde, comme diraient nos amis québécois…

Puis on a eu droit aux ébats amoureux. Après chaque « grimpette », on a vu Izon sur le dos de la dame que l’on a baptisée Dam’Izette, il s’envole et revient avec un gros paquet de mousse qu’il dépose dans le nid. Serait-ce une offrande ?

On a constaté aussi que Dam’Izette participait aux finitions du nid. A notre échelle d’humain, on pourrait dire : le papa fait le gros œuvre et la maman fait les peintures des murs…

Et ils continuent leurs ébats et les finitions du nid. Régulièrement sont livrés de nouvelles branches, de gros paquets de mousse… Quand j’en vois un s’affairer dans le nid, j’observe, et quand il s’envole, à la position des pattes j’arrive à dire si c’était Izon ou Dam’Izette qui travaillait…. C’est amusant.

Et puis, un jour, leur comportement c’est modifié : l’un des adultes reste dans le nid et s’abaisse sur ses pattes… Tiens tiens, n’y aurait-il pas quelques œufs à couver ???

Ils se relaient au cours de la journée. L’un part en balade, en quête de nourriture, etc., pendant que l’autre couve. Et quand il revient, on inverse les rôles.

Facile pour nous de savoir le moment de la relève : il y a un avertisseur sonore.
Quand l’un arrive, l’autre l’accueille d’un grand claquement de bec, auquel l’arrivant répond de la même façon. Ils mettent la tête en arrière, le cou est complètement étiré vers l’arrière, la tête semble se déposer sur le dos, et le bec claque, fort, ça fait un peu un bruit de castagnettes…
Et quand ils se redressent, on a eu quelques fois l’occasion de voir un petit câlin de cou.

la tête à l'envers
le câlin de cou

Puis le ou la couveur-veuse  s’envole à son tour. Celui qui reste prend le temps de faire une petite danse avec ses pattes, comme s’il retournait les œufs, ou les changeaient un peu de place, puis se dépose et attend sagement…

Ce changement d’attitude me faisant comprendre qu’il y avait des œufs a eu lieu fin mars.
D’après ce que j’ai pu lire, les œufs mettent 5 semaines avant d’éclore. J’ai calculé que ça nous emmènerait au début du mois de Mai.

Et bingo, le 5 mai, j’ai de nouveau observé un changement de comportement.
L’adulte qui revient au nid, prend une pause curieuse pour régurgiter, et donc nourrir les bébés…

Quelle joie de constater que la famille s’est agrandie !

Et tout le mois de Mai, j’ai passé beaucoup de temps à observer.
Et puis, un jour, j’ai vu un truc bouger, puis un deuxième. Les bébés ont grandi et je devine le dessus de leur tête.
Le nid est assez haut, difficile pour moi, qui suis au sol, de bien voir.
Mais j’observe, je patiente, je prends du recul, et je les vois grandir.

Maman et deux petites têtes
Les enfants grandissent

Fin Mai, je constate qu’ils commencent à avoir des petites plumes sur les ailes : le noir du bas de l’aile tellement typique de la cigogne. C’est encore tout petit.  Si j’ai bien compté, ils sont âgés de 4 semaines

Et ils sont propres : ils maîtrisent parfaitement le lâcher de crotte à l’extérieur du nid. C’est trop rigolo quand j’arrive à voir leur petit derrière encore tout recouvert de duvet.

Depuis 2 jours, j’ai constaté qu’ils sont assez grands pour rester tout seuls au nid. A plusieurs reprises j’ai constaté que les deux parents étaient absents. Et quand l’un d’eux revient, les petits lui font le chant d’accueil, avec le claquement de bec et la tête en arrière. Le son est assez faible, le bec pas très grand, mais le geste est parfaitement maîtrisé.

Je les vois bien, maintenant qu’ils ont grandi : ils frottent leur bec sur le bec de l’adulte qui vient d’arriver : « allez, vas-y, sert le repas, on a faim ! »

Je suppose que la prochaine étape de leur développement sera le décollage…
J’espère pouvoir y assister.

En attendant, ils s’entrainent à battre des ailes. Elles sont grandes et toutes molles, pas faciles de gérer ces grands trucs quand on est encore un peu petit…

Un jour, j’ai vu Izon, debout dans le nid, battre des ailes mais sans chercher à s’envoler. J’en ai déduis qu’il montrait aux enfants comment faire…
C’est vrai que tous les enfants apprennent par mimétisme. Je te montre, tu me regardes et tu fais pareil.
Pour les repas, c’est la même chose : l’adulte régurgite dans le nid, puis mange et les enfants mangent aussi en imitant les gestes. Nourrir directement dans le bec du bébé, ça n’est que l’affaire de quelques jours, les tout premiers jours. Le jeune apprend très vite à manger tout seul.

Et pendant qu’ils mangent, ils battent des ailes. On a bien regardé faire papa, on s’entraine à faire pareil…

Nous avons eu deux journées particulièrement chaudes la semaine dernière.
L’adulte restait debout sur le bord du nid, entre le soleil et les enfants pour leur faire un peu d’ombre.

l'adulte fait de l'ombre sur le nid

Autre fait amusant : j’ai vu l’adulte sortir du nid et se poser sur le réverbère, « leur terrasse » : ainsi les enfants ont davantage de place dans leur salle de jeux.
D’où le choix judicieux de l’emplacement de ce nid : sur le réverbère.

Quand les œufs étaient là toujours sous couveuse, à plusieurs reprises on a vu arriver d’autres cigognes. 4 ou 5 en même temps dans le ciel, c’est assez inhabituel.
Imagination : ce sont les parents d’Izon et les parents de Dam’Izette qui viennent vérifier que le nouveau couple est bien installé…

D’autres fois, il n’y avait qu’une cigogne qui venait et se posait non loin de là, et attendait.
Jusqu’au retour pour la relève de la couvaison, et l’adulte qui s’envole part avec celui qui attendait.

Interprétation d’humaine : c’est son copain qui l’attendait pour partir en ballade.
Autre interprétation possible : C’est un autre mâle qui essaie de draguer Dam’Izette et qui se fait virer par Izon….

En tant qu’humain, on peut imaginer toutes sortes de scénarios.

Un jour, j’ai vu une autre cigogne venir se poser sur les fils électriques. Très belle cigogne, bien blanche, bien propre, de fière allure. Ça m’a fait penser à la fable de La Fontaine « le rat des villes et le rat des champs ». Nous avions la visite de La Cigogne des Villes.
Elle était donc en équilibre sur les fils. On est habitué à voir de petits oiseaux, jusqu’aux pigeons, mais là, une grande cigogne, c’était assez impressionnant.
J’ai pris le temps de rester à l’observer.
Ce bel et grand oiseau se déplaçait sur les fils, se rapprochant ainsi tranquillement du nid.
Tout le monde a sûrement déjà vu un pigeon se déplacer sur un fil en pas chassés. Les deux pattes restent toujours alignées, il déplace la patte gauche vers la gauche, puis la patte droite se rapproche. Facile.

Mais La Super Belle Cigogne des Villes a une autre technique : elle croise ses pattes. La patte droite va vers la gauche en passant par devant la patte gauche, puis la patte gauche passe derrière la patte droite. Je l’ai vu plusieurs fois vaciller, ouvrir ses ailes pour rattraper son équilibre. Et elle s’approchait toujours un peu plus du nid où Dam’Izette recouvrait ses bébés, tout en le surveillant du coin de l’œil.
Puis Izon est arrivé, accueilli par le claquement de bec de Madame, et le visiteur s’en est allé.
On ne l’a plus jamais revu.

Aujourd’hui, je sais que ces « oisillons », ces Izonneaux comme j’aime les appeler, finiront par prendre leur envol.
Je sais aussi que Izon est venu s’installer tout près de chez moi pour me montrer comment moi aussi je peux prendre mon envol…

13 juin 2025
Cela fait maintenant plusieurs jours qu’on a constaté que leurs plumes ont bien poussé. Ils battent des ailes, faut muscler un peu tout ça, c’est bien encombrant. Ils me donnent l’impression de ne pas savoir quoi faire de leurs ailes tellement grandes quand ils les ouvrent…
Et puis, j’ai vu la maman voler en cercle au-dessus du nid. Tiens, c’est curieux, elle ne fait jamais ça habituellement. J’en ai déduit qu’elle leur montrait comment faire. Regardez-bien, les enfants, bientôt vous pourrez faire pareil…. J’espère que je serais présente pour voir ce premier envol.

Maman Cigogne, Dam’Izette, vient chaque matin, faire un petit tour dans notre jardin.
Je l’ai vu déjà plusieurs fois, entre 6h et 7h le matin, se promener tranquillement dans le fond du jardin. Ma présence ne semble pas du tout la déranger.
Et puis, ce matin, il y a eu une très grosse averse un peu avant 6h, et juste après la pluie elle est venue, et est restée environ une demi-heure à se promener, à picorer. Après la pluie, les escargots et les limaces sont nombreux, madame semble se régaler.
Et pour nourrir ses petits, il en faut !!! Ils sont gourmands, ces deux ados dans le nid.
En moins de 5 minutes leur repas est livré et avalé et Maman peut repartir chercher un nouveau panier garni…

J’aime vraiment beaucoup tous ces moments d’observation. Merci la famille cigogne de m’offrir ces plaisirs quotidiens…

Le 30 juin 2025.
Les enfants ont bien grandit. Ils ont maintenant toutes leurs plumes et sont presque aussi grands que les parents. Mais bien plus blancs ! Ben oui, des plumes toutes neuves, ça flashe ! Les parents donnent souvent l’impression d’avoir été se rouler dans la boue pour chercher à manger… Et leurs plumes blanches ne sont plus très blanches.
On reconnait aussi les jeunes à la couleur du bec. Chez les adultes, le bec (et aussi les pattes) est de couleur orange. Chez les jeunes, le bec est plutôt sombre, gris foncé. J’ai eu l’impression, l’autre jour de constater que la couleur du bec s’éclaircissait doucement…

Régulièrement, ils s’entrainent à étendre leurs ailes, à les déplier complètement : belle envergure ! Ils s’entrainent à les faire battre, à essayer de décoller, un tout petit peu, puis un peu plus haut. Mais ne se sont encore pas envolés.

Quand j’ai à nouveau le plaisir d’assister à leur repas, si je passe par là juste au bon moment, je les sens voraces, goulus, affamés, bien gourmands. Et ils mangent en dépliant un peu leurs ailes. Ça montre une scène très animée, et aussi bien encombrante, à tel point que le parent, sitôt après sa livraison, décolle du nid pour se poser sur le réverbère d’à côté. C’est trop marrant : ils gardent un œil sur eux. J’ai constaté ça en découvrant que sous ce 2ème réverbère, le sol est aussi marqué de tâches blanchâtres (le caca de la cigogne)…

 Comment supportent-ils ces fortes chaleurs en ce moment ?Mieux que nous, semble-t-il.
Ils passent la journée avec le bec entrouvert. Tous les oiseaux font ça quand il fait très très chaud.

Le 10 juillet 2025
Les jeunes sont toujours là, dans le confort de leur nid, avec les repas régulièrement servis par papa ou maman. Ils sont gourmands, je dirais même voraces, les coquins.

Hier, j’étais dans la cour, très près du nid, quand tout à coup j’ai entendu un bruit assez intense : c’était le « gazouillis » des cigogneaux à l’accueil du repas servis par l’adulte. Je n’ai pas identifié si c’était papa ou maman, mais l’adulte restait là, entre les deux jeunes. J’ai eu l’impression qu’ils se « disputaient » la nourriture et que l’adulte était là pour assurer le calme. Ils gazouillent fort maintenant.

Ils ont quasiment la même taille que les adultes, grands, imposants quant à la taille des ailes…
Et les becs changent de couleur pour arriver tranquillement vers le orange bien connu du bec de la cigogne.

Leurs pattes sont maintenant solides : ils  peuvent rester debout pendant longtemps, et arrivent même à tenir sur une seule patte, alors qu’il y a quelques temps, l’ainé ouvrait grande son aile quand il essayait de lever une patte, question d’équilibre sans doute.

J’ai choisi de l’appeler l’ainé, car c’est ainsi que mon mental d’humaine traduit ce que je vois : l’un est un peu plus gros que l’autre, et surtout, au niveau des apprentissages, j’ai constaté que le deuxième faisait la même chose que le premier avec 8 à 10 jours de décalage.
Donc pour moi, il y a l’ainé et la petite sœur. C’est une interprétation tout à fait personnelle, peut-être loin de la réalité, je ne suis pas experte en matière de cigogne…

L’entrainement du vol se prolonge. C’est toujours un réel plaisir de les observer.
L’ainé semble très à l’aise pour décoller à la verticale, comme un hélicoptère. Il saute, se soulève et monte maintenant à environ un mètre au-dessus du nid, puis se repose en restant toujours sur le même axe vertical.

La petite sœur, quant à elle, est plus à l’aise pour le déplacement latérale : quand elle ouvre ses ailes et se soulève légèrement du nid, c’est pour passer d’un côté à l’autre du nid.

L’autre jour, il y avait beaucoup de vent, je l’ai vu faire des tests : elle se mettait sur le bord du nid, ouvrait grand les ailes, restait quelques instants offerte au vent, repliait ses ailes, se déplaçait un peu plus loin sur le bord du nid pour recommencer l’expérience. Elle a ainsi répété l’opération 5 ou 6 fois en changeant la position de son corps face au vent. A la recherche de sensations, sans doute, avant le vrai décollage…

Le 1er jeune en ballade
Les jeunes, fiers, dans le nid
Les izonneaux dans le champs

Le dimanche 13 juillet a été un jour particulier : le premier vol des cigogneaux…
Sortir du nid pour se poser au bord du champ juste à côté, et marcher tranquillement sur la petite route, obligeant les voitures à ralentir (merci les chauffeurs du jour !)

J’ai vu qu’il n’y en avait plus qu’un dans le nid, et je constatais qu’il avait un comportement étrange, disons inhabituel. Quand tout à coup, il s’est envolé pour se poser quelques mètres plus loin, et c’est là que j’ai constaté que l’ainé était déjà là-bas… La petite sœur, comme j’aime l’appelée, hésitait puis a osé s’élancer pour rejoindre son frère…

L’après-midi s’est déroulé ainsi : je m’envole, je marche un peu, histoire de découvrir un autre moyen de me déplacer, puis je m’envole pour revenir au nid.

Le lundi, même chose. Puis le mardi, drôle de constat : il n’y en a plus qu’un dans le nid. Où est donc passé le deuxième ???
Grosse interrogation. Aurait-il croisé la route d’un prédateur ?

A moins que … Peut-être est-il déjà parti pour la migration.
On ne voit plus la maman non plus.

Mais pour le deuxième, le papa n’est jamais loin. On le voit dans le champ, en face de chez nous. Puis on voit le cigogneau s’envoler pour se poser près de papa…
Encore quelques jours comme ça, puis plus rien.
Cette fois ils sont bien partis. Donc aux environs du 20 juillet.
Quelle direction pour eux ? Sans doute le Portugal, ou le Maroc. Qui sait ? On ne les a pas bagués…

On espère maintenant les revoir à la fin de l’hiver. Sans doute au mois de mars 2026…
Patience !

Surprise ! samedi 2 aout, vers 17h30, je suis au jardin quand tout à coup j’entends le claquement de bec bien caractérisé de la cigogne. Je lève la tête et je le vois, ce magnifique oiseau passer juste au-dessus de mon jardin. Vite, je fais le tour de la maison pour aller regarder le nid. Et oui, c’est bien lui, notre ami Izon, de retour sur son nid.
Je le reconnais très facilement, avec sa patte gauche qui a une drôle de forme.

Pour rire, on a imaginé ce qu’il a à nous dire : « les gosses ont quitté le nid, je peux enfin profiter de cet espace pour moi tout seul… »
Il a dormi là samedi soir, je l’ai vu à mon réveil dimanche matin. Il s’est envolé un peu avant 7 h.
Et dimanche soir, il était à nouveau dans son nid quand j’ai fermé les volets.
Puis je l’ai vu s’envoler lundi matin, et depuis plus rien…

Les cigognes vivent leur vie de cigognes…

Quelques mois passent …

Au cours de l’automne, nous avons eu une grosse coupure d’électricité.
Quand le gars d’Enedis est arrivé pour le constat de panne, dans la matinée, je l’ai vu prendre des photos du nid.
Etrange, tout de même. Il est là pour dépanner pas pour faire le touriste ! Mais ça, c’était juste mon interprétation de spectatrice…
Verdict : c’est bien le poids du nid qui a fait se rompre l’alimentation électrique. Ben mince ! Il va falloir enlever le nid pour réparer.
Sauf qu’ils n’ont pas le droit de faire ça, il faut d’abord contacter la Ligue de Protection des Oiseaux. Ce qui est aussitôt fait.
Dans l’après-midi, le nid est « descendu » de son perchoir. La voisine a demandé à le garder pour le remettre en place sur une plate-forme qu’elle aimerait avoir dans son jardin… Le nid, de taille conséquente quand il est ramené à la hauteur de l’humain, est donc dans son garage. Un peu cabossé quand même, la descente a été difficile, le nid un peu maltraité. Mais la dame est contente, elle a ce gros nid chez elle…

Et puis, il ne se passe plus rien. Les oiseaux sont tranquilles dans leur pays chaud. Et nous, nous avons retrouvé notre alimentation électrique.

Il y a eu quelques discussions avec la LPO qui se sont conclues par l’accord d’installer une plate-forme spéciale pour nid de cigogne. Mais pas chez la voisine. Elle sera installée dans le pré voisin, le propriétaire du pré a donné son accord.
OK, tout le monde semble satisfait. Reste à attendre l’opération.

Mais l’hiver passe et il ne se passe rien…

Le retour d'Izon

Surprise : le 1er mars 2026, vers 10 ou 11 heures, j’entends le claquement de bec si caractéristique. Direct je vais voir : Izon est là, de retour sur son réverbère… Sauf que son nid, lui, n’est plus là.
Bravo pour la fiabilité de son GPS naturel !!!

Je savais que son retour se ferait courant mars, mais là, il est ponctuel, le 1er mars !

J’imagine sa déception, son incompréhension. Il est resté ici une heure ou deux, puis est parti pour revenir un peu plus tard dans l’après-midi, vérifier qu’il n’avait pas rêver…

 Pauvre oiseau, 2 ans de travail pour un magnifique nid, démonté en quelques heures pour les besoins de l’humain…

Il est reparti, se trouver une autre maison…
Il est arrivé, qu’une fois ou deux, je le vois passer dans le ciel. Toujours bien identifiable avec sa patte gauche qui pendouille…

Lors de nos promenades dans la campagne, on voit quelques cigognes. Est-ce qu’Izon a réussi à trouver un nouveau lieu ? Aura-t-il eu le temps de refaire un nid ?
On ne le saura jamais.

Puis, le 16 juin, on a vu arriver un équipement particulier dans le pré voisin : des camions bleus. Ils ont planté un poteau surmonté d’une plateforme spéciale gros nid…
Tant attendu !
Sauf que, c’est raté pour cette année.

Est-ce qu’au printemps prochain une cigogne choisira ce lieu pour s’y reproduire ? Si oui, je pourrais les observer depuis chez moi. Moins facile que le réverbère mais quand même assez visible

 Fin

 

Si ce récit vous a plu, vous avez la possibilité de laisser un commentaire ci-dessous.
Je me ferai un plaisir de vous lire.

 

Cet article a 2 commentaires

  1. Lesbros

    Quelle observation !!! Récit passionnant et prenant. La nature nous offre et nous enseigne tellement de belles choses. Il faut savoir l’observer comme tu le fais si bien. Merci pour ce partage. J’espère qu’Izon ou ses congénères reviendront se réinstaller et que tu pourras à nouveau les observer. Super que LPO ait pu intervenir. Vous avez eu une belle démarche. Ton texte mérite d’être lu. Félicitations Flo.

    1. Merci France, tes mots me vont droit au coeur.
      A bientôt, pour d’autres aventures de campagne charentaise

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